En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés. En savoir plus et gérer ces paramètres. x
A- A A+

À l’occasion de Mars Bleu 2017, Santé Publique France vient de publier les chiffres du dépistage organisé du cancer colorectal en France depuis la mise en place du nouveau test immunologique, plus sensible, plus pratique. Résultat : rien n’a changé ! Je vous explique pourquoi.

Le nouveau test de dépistage du sang dans les selles, utilisé dans le cadre du cancer colorectal, est disponible depuis le 14 avril 2015. Au vu de l’expérience d’autres pays, la communauté scientifique espérait qu’il ferait gagner 10 points sur le pourcentage de personnes concernées qui font ce test (soit autour de 40 % au lieu des 31 % avec l’ancien test).
Les chiffres de Santé Publique France sont une douche froide : 28,6 % en 2015-2016 si on ne tient compte que des invitations concernant le nouveau test. Pourquoi ces mauvais chiffres très inférieurs à l’objectif européen minimal acceptable de 45 % ? Plusieurs raisons dont certaines auraient pu être évitées.

Des mois sans test de dépistage
Pour mémoire, rappelons que les autorités de santé ont décidé de cesser d’utiliser l’ancien test de dépistage sans s’assurer que le nouveau serait prêt… Résultat : pas de dépistage entre janvier et mai 2015. Même si les structures en charge des dépistages ont essayé de compenser le retard fin 2015 en envoyant des tonnes d’invitations, le poids de ces mois d’inactivité est sans aucun doute sensible sur les chiffres.

Un démarrage progressif des invitations
Des difficultés d’approvisionnement en kits ou d’organisation ont entraîné un retard de démarrage du lancement du nouveau test. Selon les départements, l’envoi des premières invitations s’est échelonné entre mai et décembre 2015 : 50 % des départements n’ont pas repris les invitations avant juillet 2015. Les taux de participation tendent à être plus élevés dans les départements ayant redémarré les invitations plus tôt.
Ainsi, Santé Publique France rappelle que les chiffres de la participation pour la période 2015-2016 doivent être interprétés en tenant compte du fait que la période effective d’invitation n’est, au moment de l’analyse, que de 17 mois en moyenne par département (au lieu de 24 mois).

La suppression de la relance postale
Avec l’ancien test de dépistage, la stratégie était d’envoyer le test directement au domicile des personnes concernées après une absence de réponse à deux invitations successives. Cette relance postale avec le test permettait de « récupérer » 5 à 6 % de participation, voire plus.
Parce que le nouveau kit de test est cher (entre 5 et 6 €), l’Assurance maladie (qui tient les cordons de la bourse) a décidé de supprimer cette relance postale, les deux tiers des tests envoyés au domicile finissant à la poubelle.
Mais les points de pourcentage obtenus par la relance postale manquent désormais cruellement. On en veut pour preuve le fait que les deux départements qui ont maintenu cette relance grâce à des budgets locaux (Finistère et Saône-et-Loire) ont un taux de participation dépassant les 40 %, ce qui est exactement ce que l’on espérait avec le nouveau test. Bref, ce qui a été gagné avec un test plus pratique a été perdu par l’abandon de la relance postale !

Les expérimentations de diffusion plus larges tardent
Les textes prévoient que les Agences régionales de santé puissent expérimenter avec des modes alternatifs de distribution du nouveau test. En effet, aujourd’hui, seul le médecin peut le remettre. Une expérience menée en Ille-et-Vilaine montre que la distribution via les pharmacies de ville augmente le taux de participation. Mais les autorités de santé craignent que la généralisation de ce mode de distribution ne démotivent les médecins…

Des experts en colère
Face à ces chiffres décevants, de nombreux experts protestent et demandent, comme France Côlon, que la relance postale soit rapidement remise en place même si, pour des raisons de coût, elle ne devait se limiter qu’à certaines populations :

  • les personnes qui ont déjà fait un test de dépistage par le passé ;
  • les personnes qui sont invitées à faire le dépistage pour la première fois ;
  • les personnes qui en font directement la demande aux structures qui gèrent le dépistage.

Une autre option serait l’envoi d’un coupon permettant de recevoir le test par la poste. Il ne serait envoyé qu’aux personnes de bonne volonté ayant renvoyé le coupon, limitant ainsi le gaspillage. Cette option serait particulièrement utile pour les personnes qui n’ont pas le temps d’aller retirer un test chez leur médecin (les personnes qui travaillent, celles vivant en milieu urbain, par exemple).
Malheureusement, l’Assurance maladie s’oppose à toute idée de relance postale et déclare vouloir « attendre d’avoir exploré toutes les autres possibilités ». Entretemps, combien de cancers qui seront détectés trop tard ? Faudra-t-il de nouveau faire jouer la pression médiatique comme nous l’avons fait en 2014 pour obtenir ce nouveau test, plus efficace et plus pratique ?

Décidément, en France, le dépistage du cancer colorectal n’est pas un long fleuve tranquille. La faute à qui ? Sans nul doute aux autorités de santé pour qui ce dépistage ne semble pas une priorité budgétaire.

Jean-Louis BERTOU
21 mars 2017